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Nom du blog :
alineas
Description du blog :
atelier samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
22.01.2007
Dernière mise à jour :
07.06.2007
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09 La premiere fois

Marie-Sophie : Première fois

Posté le 01.04.2007 par alineas

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Gentil coquelicot

À 21 ans, je pensais être enfin libérée des remous de l’adolescence et il était temps pour moi d’être une femme, et que le monde en soit informé. J’avais comme atout ma taille, mon joli sourire et ma démarche souple, bien que faussement assurée. Depuis quelques années déjà, j’avais expérimenté le sexe fort, et je pensais en avoir une vue d’ensemble quasi exhaustive. Finalement, il ne me restait plus que la maternité pour compléter le tableau des sensations offertes par un corps de femme, mais ce n’était pas à l’ordre du jour.

Il y avait bien une chose que je n’avais encore jamais tenté : farder mes lèvres de rouge, le porter toute une journée et sourire avec le naturel des femmes accomplies. Détail sans doute anodin pour certains, cet acte portait pour moi une haute valeur symbolique. C’était le signe distinctif de la vraie femme, qui prend la vie comme elle vient, et s’arrange avec grâce pour que les choses tournent toujours à son avantage. Bref, le rouge me paraissait être le medium parfait de la séduction. Rouge comme les lèvres de l’épouse de mon père, qui possédait cette aisance confondante dans l’allure et dans les mots qui me subjugait. J’en attribuais le mérite à cette couleur de laque chinoise qui ornait ses lèvres en permanence le plus naturellement du monde.

Désireuse de jouir moi aussi de ce pouvoir magique, je décidais de tenter l’expérience. Je choisis pour cela un jour où je me rendais en train dans le sud de la France, pour passer quelques jours chez une lointaine cousine que je n’avais pas revue depuis trois ans. Ainsi, à plus de 500 kilomètres de mon domicile, j’étais assurée qu’aucun de mes proches ne serait témoin de cette mascarade.

Une demie heure avant l’arrivée en gare, je me dirigeais vers les toilettes. J’avais acheté pour l’occasion un rouge à lèvre dont le joli nom de “Coquelicot” était écrit en lettres d’or sur le coté de l’étui de plastique laqué noir. Évidemment, j’aurais préféré un endroit mieux assorti à cet instant magique, mais l’émotion qui s’empara de moi lorsque je passais soigneusement le bâton sur mes lèvres me fit oublier ce décor inapproprié. Hypnotisée par la couleur, mes yeux ne quittaient pas mes lèvres dans le miroir, tandis que je les pressais l’une contre l’autre en prenant bien garde que le rouge ne déborde pas.

La texture du fard était agréable et il sentait bon le luxe. Je jouais avec mes lèvres pendant toute la fin du trajet, faisant mine de regarder par la fenêtre, alors que j’y admirais en secret mon reflet irisé. À une ou deux reprises, alors que les voyageurs s’apprêtaient à bientôt quitter le train, je tentais de croiser un regard, afin de tester mes pouvoirs. Oui, j’étais une jeune femme accomplie et sûre d’elle, rien ne pourrait me déparer de ma grâce et de mon aisance naturelle!…

Grisée, je posais le pied sur le quai de la gare et je commençais à avancer au milieu de la foule. Curieusement, mes lèvres me parurent soudain lourdes à porter. Au bout de quelques mètres, j’avais la désagréable impression d’avoir une bouche énorme, une plaie rouge ouverte sur ce qu’il y a de plus honteux. Le rouge agissait sur moi comme un alcool puissant et je sentais l'excès de chaleur s'étendre à mes joues, mon front, mon cou. J'étais écarlate et je transpirais abondement. Chaque pas qui me rapprochait de la sortie accentuait ma nausée.

Prise de panique, je voulus ôter ce rouge qui m’avait trahi, mais je n’avais aucun mouchoir pour le faire. Je me mis à frotter mes lèvres avec le dos de la main, me doutant bien que cette solution ne ferait qu’aggraver le problème. Mais à quelques pas, ma cousine me faisait signe de la main, il était trop tard pour tenter quoi que ce soit d’autre. J’étais l’auteur de mon propre supplice, il était temps d’assumer mes actes. Je respirais profondément et je fendis la foule la tête haute pour la rejoindre. Je me plantais devant elle, avec tout le naturel théâtral dont j’étais encore capable, toute barbouillée de rouge comme une enfant prise en faute avec le rouge de sa maman.
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