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Nom du blog :
alineas
Description du blog :
atelier samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
22.01.2007
Dernière mise à jour :
07.06.2007
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Isabelle : Monologue intérieur

Posté le 17.02.2007 par alineas

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Bon sang, elle en a bu combien ? Combien de coupes de champagne a-t-elle sifflé dans notre dos ? Et mes imbéciles de beaux-frères qui n’ont rien vu… personne n’a rien vu ! Pas mal la mariée, mais elle aurait pu mieux choisir… moi j’ai pris la fille aînée, c’était la plus jolie. Et elle, qu’est-ce qu’elle faisait pendant que notre fille se saoulait ? Toujours à discuter chiffons avec ses soeurs ou sa mère…Qu’est-ce qu’elle est rouge, on dirait qu’elle a passé deux heures en plein soleil. A six ans, boire comme un trou, ça promet.
Il va falloir faire attention à la maison : cacher les bouteilles, fermer la cave à clé… mais qu’est-ce qui lui a pris ? Et les deux autres gamines : elles aussi ont bu. Personne n’a rien vu ! Quelle famille !
Au prochain mariage pas d’enfants ; au moins on sera tranquilles, on pourra boire tranquillement… Elle va s’endormir… elle a l’air d’avoir envie de vomir, il ne manquerait plus que ça !
Il était infect ce champagne, je comprends pourquoi les coupes sont restées pleines. Du bas de gamme, acheté à l’épicerie du coin. Que ma fille boive du champagne passe encore, mais du bas de gamme alors non. Il va falloir l’éduquer, lui apprendre à faire la différence entre un bon cru et du picrate. Je ne vais peut-être pas boucler la cave finalement. Ça y est elle vomit. Il va falloir que je m’arrête en pleine campagne, sous la pluie. Clignotant, freinage, je coupe le contact. Je ne fais rien, je ne dis rien. La mère s’en charge. Après tout elle n’avait qu’à la surveiller…
Dès qu’on arrive à la maison je … quoi des kleenex ? Non je n’ai pas de kleenex ! Kleenex, kleenex, il vient d’où ce mot là ? Je regarderai ce soir dans un dictionnaire, si j’ai le temps, si on me fiche la paix… Voilà ça à l’air d’aller mieux, tout le monde en voiture. Contact, embrayage, première, clignotant, frein à main, c’est parti. Un peu de musique…encore de la pub c’est insupportable. Fip. Elle n’aime pas le mélange des genres je le sais, mais tant pis. C’est celui qui conduit qui décide. Ça pue le champagne bas de gamme et le vomi maintenant.
Mais qu’est-ce qui lui a pris ? Elle ne pouvait pas demander de l’eau ou du jus de fruit ? Et ma belle-mère qui m’a regardé d’un air goguenard en me disant au revoir…je suis sûr que c’est elle qui lui a fait goûter le champagne. On saoule la petite-fille pour emmerder le gendre… c’est bien son genre. Et après bonjour la réputation ! Non mais quelle famille ! Ils vont tous se dire que… bon elle dort maintenant. Quand on arrive, une bonne douche et au lit. On s’en rappellera. Un souvenir, oui, ça lui fera un souvenir, quand elle écrira ses mémoires. Si l’alcool ne lui a pas attaqué les neurones entre-temps…
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Isabelle : La nouvelle

Posté le 17.02.2007 par alineas

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Ça dure depuis douze ans. Douze ans de discussions, de disputes, de pleurs, de reproches, de portes claquées. Je ne compte plus le nombre d’assiettes ou de verres brisés, de soirées gâchées, quand nos amis prenaient congé d’un air gêné pour ne plus être témoins de nos disputes.
Pourtant c’est l’amour qui nous a rapprochés, unis. Après le décès accidentel de ma première épouse, je me suis retrouvé seul avec mon fils Antoine, qui n’avait que deux ans. Je croyais avoir touché le fond, submergé par le désespoir et désemparé devant les innombrables soucis de la vie quotidienne d’un père qui doit assurer l’organisation, l’intendance du foyer, et l’éducation d’un enfant en plus de sa propre vie professionnelle.

Avec Anne, ce fut le coup de foudre. J’avais 48 ans, elle vingt-six. Amoureux dès les premiers instants, nous avons très vite mené vie commune, puis nous nous sommes mariés un an exactement après notre première rencontre. Anne s’entendait bien avec Antoine, son souhait de se faire accepter par mon fils comme une seconde maman a certainement occulté son propre désir de maternité, du moins dans un premier temps.
Nous n’avons pas évoqué la question d’agrandir la famille, trop centrés sur notre vie de couple, amoureux comme si nous avions quinze ans, et soucieux d’offrir à Antoine une vie normale : un papa et une maman.

Malgré tout je savais qu’un jour Anne aurait envie d’avoir un enfant. Je redoutais le moment où elle en parlerait. C’est arrivé, il y a douze ans, alors que nous étions en vacances en Sicile. Etendus sur nos serviettes, au bord de la plage, nous regardions Antoine faire des pâtés de sable à quelques mètres de nous, et Anne a dit « Ce serait bien qu’il ait une petite s½ur ou un petit frère pour jouer avec lui ». Je n ‘ai rien répondu, me traitant intérieurement de lâche.
Dans les semaines qui ont suivi, Anne a multiplié les allusions, notamment lors de nos visites chez des amis qui avaient des enfants. Je faisais semblant de ne pas entendre, ou de ne pas comprendre ; je souhaitais avant tout maintenir l’entente de notre couple mais il était déjà trop tard.
Un soir Anne m’a pris en quatre yeux, me sommant d’un ton agacé de répondre enfin à sa question : aurions-nous en enfant ensemble ? Je me suis montré très brutal, répondant sèchement que non, il n’en était pas question, je n’avais pas envie d’être père à plus de 50 ans, d’avoir encore un jeune à charge à l’âge de 65 ans. Point final.
Rétrospectivement, je sais que je n’ai pas été très diplomate, loin s’en faut. Je le regrette, parce qu’ensuite ça a été l’enfer. Anne tournait en rond dans la maison, affichant ostensiblement son ennui pour me faire comprendre sans doute qu’avec un bébé au moins elle aurait de la compagnie.
Même Antoine ne l’intéressait plus. Chaque soir ou presque, elle remettait la question sur le tapis, me reprochant mon égoïsme, ma peur de l’avenir, mon incapacité à faire des projets. Autant dire que la réconciliation sur l’oreiller était impossible.
Au fil des mois, puis des années, les discussions se sont envenimées, les disputes multipliées : Anne devenait hystérique, claquait les portes, brisait la vaisselle, menaçant même de partir ou de se suicider.
Hier soir, elle a dépassé les bornes . Nous nous disputions depuis le matin, échangeant en criant les reproches habituels, elle, en haut de l ‘escalier, moi en bas, dans la cuisine. Puis elle a hurlé « De toute façon tu n’es qu’un impuissant ! ».
Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai monté l’escalier quatre à quatre, je l’ai prise par les épaules, je l’ai secouée en criant « Tu es folle, te me pourris la vie, tu pourris la vie de mon fils ! ». Après je ne sais plus ce qui s’est passé. Je vois maintenant son corps allongé dans le hall d’entrée, son regard fixe, comme un dernier reproche à mon attention, le sang autour de sa tête. Je ne voulais pas, non, mais depuis douze ans, il fallait que ça cesse.
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Isabelle : Les objets

Posté le 17.02.2007 par alineas

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Une paire de lunettes au hammam

J’ai l’habitude d’aller au hammam tous les samedis matins. Ce jour-là, entre 10 heures et midi, le hammam est mixte ; hommes et femmes, séparés les autres jours de la semaine, s’y côtoient de façon très naturelle et sans équivoque.
Malheureusement pour moi, je suis myope, très très myope. La première fois que je suis venue, j’ai gardé mes lunettes pour pouvoir découvrir les lieux. Mais dès que je suis entrée dans le hammam, mes lunettes se sont couvertes de buée. En voulant m’asseoir sur le banc, j’ai trébuché sur une jambe velue, et, tentant de me rattraper pour ne pas glisser, j’ai posé mes mains là où il ne fallait pas, je vous laisse deviner où. Déjà cramoisie après seulement 10 secondes de vapeur à 42°, je me suis décidée à enlever mes lunettes pour ne plus trébucher sur mes voisins (ou voisines). Elles étaient posées sur le banc, à côté de moi.
Détendue, les yeux fermés, je respirais tranquillement le parfum d’eucalyptus diffusé par la vapeur chaude, et je me suis assoupie.
Un léger craquement m’a fait sursauter.
- oh excusez-moi, s’exclama la jeune femme qui venait de s’asseoir à côté de moi. Je suis myope comme une taupe et je n’ai pas vu vos lunettes !
Depuis ce jour, tous les samedis matin, avant d’arriver au hammam, je me demande : je garde mes lunettes ou je les laisse dans mon sac ?
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Isabelle : Description narrativisée

Posté le 17.02.2007 par alineas

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Un rôti appétissant

Assis sur son arrière-train, les moustaches frémissantes, les oreilles en alerte, Oscar contemple la porte du four. La broche tourne d’un tic-tac harmonieux et caressant. Oscar ferme à-demi les yeux, ronronne doucement. La volaille embrochée roussit, brunit, devient splendide ; la graisse qui l’humecte adoucit ses teintes.
Pousse-toi Oscar ! Je vais ouvrir le four, ne reste pas dans mes jambes ! Une odeur réjouissante vient picoter l’odorat du chasseur à l’affût. Oscar passe sa langue rapeuse sur ses babines, respire les divines émanations du lard. Il arrondit le dos et lève la tête vers la cuisinière, les yeux implorants, dans une grave extase, attendant qu’elle débroche la bête et lui en offre ce qui lui revient. Mais la porte de la cuisine claque. Des Oh ! Aaah ! résonnent, suivis du tintement des couverts dans les assiettes. Oscar regagne alors son coussin préféré, sous le radiateur, et attend patiemment le retour dans la cuisine des restes encore tièdes et juteux de cette proie tant convoitée.
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Catherine : Spontané

Posté le 09.02.2007 par alineas

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LA, C’EST NOUS SUR LES PHOTOS

« Catherine et Dominique vous présentent leurs meilleurs vœux pour 1956 ». Deux petits portraits en forme de blasons nous représentent, nous les jumeaux, fille et garçon. Nous avions l’habitude de nous faire photographier par un ami de mes parents qui possédait un laboratoire à Sainte Geneviève des Bois. Nous allions avoir deux ans. Je porte une robe à smokes et à col rond, indémodable vêtement d’enfant. On en devine les manches ballon. Dominique porte presque la même chose mais à col pointu pour les garçons. Je figure à gauche, mon frère à droite.

Je souris timidement, un tout petit sourire , la tête un peu rentrée dans le cou ; mes cheveux sont raides et courts ; mes yeux supplient ; je veux faire plaisir mais je m’excuse d’avance si je n’y réussis pas. Mes joues sont rondes et veloutées. Je dois avoir les bras ballants, ne sachant qu’en faire.

A droite, Dominique. Il pose comme Mamy sait le faire sur les photos. Son sourire est tout aussi petit que le mien mais plus engageant. Ses cheveux plus longs paraissent bouclés. Ses grands yeux ne supplient pas mais regardent droits devant lui. Son regard déjà myope renforce la mélancolie du portrait. Sa main gracieusement posée sur la base de sa gorge lui donne un air de putti. Je le trouve adorable et c’est lui qui récolte les compliments.

« Bonne et heureuse année 1959 ». Catherine et Dominique ont grandi. Nous allons avoir cinq ans dans quelques jours. Nous avons pris de l’assurance mais aussi un visage chiffonné comme deux enfants délaissés. Nous sommes cette fois photographiés ensemble sur le même portrait. Je suis à l’arrière-plan, plus forte, plus grande. Je porte un pantalon sombre dont je ne sais plus la couleur, un pull blanc et un petit gilet dont le souvenir me poursuit. Il est de la douceur d’un petit animal bleu ciel et blanc. Je me souviens avoir porté ce gilet le plus longtemps que j’ai pu. J’ai dû ressentir une grande perte lorsque, trop petit ou trop usé, je l’ai abandonné. Longtemps, j’ai cherché si j’avais eu un « doudou », le fameux objet transitionnel. Si il y en eut un, ce fut sans doute celui-là. Je souris toujours ; j’ai appris cela : sourire. Mes cheveux ont poussé et depuis la dernière fois légèrement bouclés. Mes joues sont tout aussi veloutées qu’en 1956 mais mes yeux sont cernés comme celle d’une petite fille mal aimée par sa maman. Dominique, au premier plan s’appuie complètement sur moi. Il a compris : toute sa vie, il s’appuiera sur moi. Il est souriant ; il porte un joli gilet torsadé auquel il manque un bouton. Sa main gauche tient une grosse voiture en plastique, son objet à lui.

L’année d’après, je suis seule sur la photo. Je vais avoir six ans. Le photographe m’a offert l’autonomie. Je n’ai plus ni frère, ni mère, ni père, ni grands-parents. Mes cheveux ont encore poussé et cette fois-ci, ils se déversent sur mes épaules en anglaises. Mamie y a veillé ; peut-être pour la photo. Mon sourire devient légendaire comme mon petit gilet angora rayé bleu et blanc. Mes yeux sont grands, rieurs. Ma fossette au menton s’est affirmée. Je suis prête à investir le monde. Le photographe a proposé un cadre bordé de miroirs pour encadrer mon portrait. Mamie a posé un edelweiss, la fleur immortelle, sur mon cœur, pour me porter bonheur a-t-elle dit ou peut-être est-ce moi qui ai deviné. Bien plus tard, mes enfants me reprocheront de cueillir ces mêmes fleurs dans un champ en montagne, par brassées, dans un endroit interdit et protégé : des immortelles cependant destinées au cœur de mes filles.
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Sophie : On lui avait bien...

Posté le 05.02.2007 par alineas

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On lui avait bien dit de ne jamais ouvrir cette porte….
La porte est rouge. Le mur est beige doré. La porte est entr’ouverte. On aperçoit du sable… Que faire ? Y aller ? Continuer ? Qu’y a-t-il donc derrière ?
Elle contemple la porte, tentée… Elle rêve du soleil qu’elle entrevoit, du petit bouquet de verdure si loin… Elle aimerait retrouver dans son cœur, la chaleur et la sérénité qui se dégage de ce bout de pays aperçu.
La porte est laquée rouge, tentatrice, la poignée dorée, bien astiquée… Elle voudrait la saisir, la tirer, l’écarter, elle voudrait savoir ce qu’il y a après ce bout de sable. Une ville blanche ? une dune ? une forêt ? une licorne ? un cheval ? des prés ? des moutons ? la mer ? l’océan ? un lieu paisible ou furieux ? un havre ? la paix ? la mort ? la lumière… Allongée sur le canapé, à demi endormie, son esprit vagabonde et caresse l’idée d’ouvrir la porte rouge… Elle joue avec cette idée comme avec de la pâte à modeler, elle la triture, la façonne, la déforme, la sculpte, la malmène, la travaille, la pétrit, la laisse lever et développer des envies, des désirs, des passions au gré de ses humeurs.
Non d’une pipe ! qu’y a-t-il derrière cette porte ?
C’est l’heure de la sieste, allongée sur le canapé elle contemple la porte entr’ouverte rouge, immense, verticale, entourée d’un mur beige doré.
Le tableau est magnifique, il s’appelle « On lui avait bien dit de ne jamais ouvrir cette porte » !
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Sophie : Lettres

Posté le 05.02.2007 par alineas

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Mon cher créateur,
Pardonnez-moi cette familiarité mais je sais depuis de longues années ce que je vous dois. Je l’ai compris grâce à l’affection que je perçois dans les yeux de ceux qui me découvrent année après année. Il est donc normal que je vous transfère un peu de celle-ci. Hélas, chez vous, l’affection entraîne l’affliction et c’est là l’objet de ma requête.
C’est vrai ! Dans toutes vos histoires, l’amour et l’optimisme finissent toujours par l’emporter. Combien de « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » n’avez-vous pas conclu ? Et quand il ne s’agissait pas d’amour mais d’optimisme, et bien les bons l’emportaient toujours sur les méchants. Évidemment avec ce genre de fin, tout le monde est rassuré et la terre tourne rond.
Alors, pourquoi tant de tristesse dans mon histoire ? Pourquoi avoir choisi de faire pleurer des générations entières ? Cela ne vous ressemble pas.
J’en conclus parfois que vous avez dû traverser une période personnelle difficile, que vous avez eu besoin de vous dépouiller de certaines douleurs et que, au lieu de consulter, vous avez préféré vous acharner sur moi et pas seulement sur moi puisque sortie après sortie, cela marche toujours.
Alors, je vous le demande, cher créateur qui veillez sur vos histoires depuis quelque part là-haut, ne pourriez-vous inspirer un remake, un spin-off, une suite, un retour, quelque soit le nom que l’on pourrait lui donner, aux animateurs qui vous ont succédé ? Et, tel Monsieur « Plus », leur suggérer de rallonger la vie d’un personnage qui me touche de très près ?
J’ai bien compris que pour grandir et devenir adulte, il faut s’éloigner de ses parents. Mais avec vous, mon salaud de père est retourné dans la forêt et ma mère a été assassinée. Cela fait beaucoup, vous ne trouvez pas ?
Alors, s’il vous plaît, imposez-leur une nouvelle version où elle me verra grandir et devenir père à mon tour. Je promets de veiller sur mes enfants.
Bien à vous, mon cher Walt,
Bambi


Cher enfant,
Permet-moi de t’appeler ainsi car c’est ainsi que je t’ai conçu.Ta perspicacité m’honore et la douleur que tu manifestes me touche profondément.
Ainsi que tu l’as deviné, il s’agissait à ta conception de raconter une période difficile de ma jeunesse, période douloureuse et solitaire que je n’ai pu partager.
Tu suggères que j’aurais pu aller consulter. J’avoue y avoir pensé mais cela n’était pas très bien vu à l’époque et je n’ai pas osé. Sans doute aussi, ai-je pensé que l’on ne crée qu’à partir de ce que l’on a vécu et n’ai-je craint, en m ‘en soulageant chez quelque thérapeute d’y laisser une part de mon trésor personnel.
Alors je t’ai créé et j’ai raconté mon histoire aussi triste soit-elle.
Ce que tu me demandes me paraît impossible à réaliser car sans cela l’histoire deviendrait quelconque et plus personne ne pleurerait. Tu t’en plains ? Tu as bien tort. Relis les Grecs, cher enfant, pour comprendre la catharsis et ses effets bénéfiques.
Et puis, après avoir tant pleuré, tous ne sont-ils pas soulagés – hormis quelques-uns – en revenant à la réalité de la présence maternelle. Alors, non, chère créature, je n’influerai pas sur l’imagination de mes successeurs pour les obliger à prolonger la vie de ta mère dans un remake iconoclaste.
Sois sûr de ma tendresse pourtant, mon cher Bambi,
Ton Walt
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Sophie : Séance de rattrapage 06

Posté le 05.02.2007 par alineas

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Je suis le dieu de la mer et j’ai longtemps reposé au fond des océans.
Je représentais la peur des hommes sur les vastes mers et pour mieux m’honorer, ceux-ci m’avaient fait construire une magnifique statue dominant la Méditerranée. Ma statue, toute de pierre claire, était saluée par tous les équipages qui quittaient le port : « Ceux qui partent en mer, te saluent ! ». Et, tous les soirs, un homme chargé d’une torche, escaladait mon corps par un escalier secret pour allumer les pointes de ma couronne et guider ainsi les bateaux qui rentraient. J’étais alors très honoré comme protecteur et guide.
Mais un jour, il y eut un fort tremblement de terre, quelque part, très loin, qui entraîna un raz de marée si puissant qu’il mit à mal ma statue, laquelle, après avoir tenté de résister en vacillant d’un côté à l’autre, s’écroula en trois morceaux dans l’eau de ma mer.
Personne ne songea à me récupérer et je croupis là très longtemps, baladé de temps à autre par les fortes tempêtes, éloigné peu à peu de mon port favori vers des fosses plus profondes.
Or, un jour, un chalutier de fort tonnage m’accrocha, y abandonnant son chalut. Le capitaine signala le fait et bientôt, une expédition scientifique vint à ma recherche. On ne retrouva que mon buste, qu’on s’empressa d’installer dans un musée ensoleillé après m’avoir nettoyé, brossé, essuyé et même caressé.
Installé sur un piédestal, je veillai à nouveau, non plus sur les bateaux mais sur les visiteurs qui venaient nombreux m’admirer. Les hommes prirent l’habitude de caresser mon cœur, signe pour eux de force et de courage. Je devins un objet de pèlerinage. A force de caresses mille fois répétées, un jour, un petit éclat brillant apparut à l’endroit de mon cœur. Un gardien s’en aperçut un matin en tirant les rideaux à l’ouverture de la salle, un éclair de lumière lui chatouilla l’œil.
Les savants se réunirent, m’étudièrent, me transportèrent dans leur laboratoire, me radiographièrent et l’on découvrit que je cachais une merveille, une sorte d’armure d’or qui me servait de structure, pour tout dire un trésor.
Le directeur du musée décida de me ramener dans ma salle, non sans avoir fait construire un cube spécial pour me protéger des mains baladeuses. Le temps de faire aménager ce coffre de verre armé, le bruit de cette découverte historique se répandit dans le monde entier.
Lors de mon voyage de retour du laboratoire vers mon nouveau coffre, le camion dans lequel j’étais installé, fut victime d’un accident qui se révéla être un hold-up me concernant. On me transborda à bord d’un autre camion, puis à bord d’un bateau, pour m’emmener loin dans un port caché où l’on pourrait me dépecer en toute tranquillité afin de récupérer tout cet or.
J’étais mal attaché. Sans même qu’une tempête ne se lève, un léger roulis persistant me désarrima. Je déséquilibrai le bateau qui se retourna, me laissant libre de couler toujours plus au fond pour retrouver ma chère mer et son hospitalité.
Les journaux titrèrent : « Un trésor archéologique disparaît en mer ».
Depuis, je veille toujours, sur tous les disparus.
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Catherine : Personnage de mon passé

Posté le 01.02.2007 par alineas

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Les yeux bleus toujours présents se sont posés sur Mathilde. Tour à tour tendre et malicieux, dur et tranchant, l'acier du regard d'Aimé Alexandre l'accompagne. Sa voix continue de résonner en elle, sortant de sa bouche en sentences entendues, en mots qu'elle n'aurait pas voulu dire.

Elle se souvient des étés marins en sa compagnie, la patience des apprentissages distillés par son grand père, ses premières brasses dans l'océan investissant la masse liquide apprivoisée, les encouragements joyeux d'Aimé Alexandre, hurlant : tu sais nager, tu sais nager.
Parfois, ils changeaient de lieu de vacances. C'était en montagne. Ils partaient tous les deux à l'aventure, les deux aimant marcher, se perdre dans l'horizon bleuté du petit jour, voir les sommets s'illuminer tour à tour, parler en chemin sans se regarder, dans la même direction.

A soixante ans, Aimé Alexandre était en pleine forme. Ses pas rapides épuisaient les jambes fines de Mathilde, demandant grâce, le souffle coupé. Aimé Alexandre ralentissait parfois puis reprenait son allure de plus belle, emporté par son élan. Cours Mathilde, suis-moi lui disait-il. Elle soupirait, prenait sa repiration, les yeux fixés sur le dos droit et musclé d'Aimé Alexandre, le rythme de ses jambes solides. Elle bondissait, s'appliquait à le suivre, lui faire honneur. Temps enfui.

Il n'ya a pas très longtemps, Mathilde a retrouvé la photo noire et blanche d'Aimé Alexandre, âgé de vingt ans, habillé en soldat de la guerre du Rif, coiffé d'un kéfié qu'elle imagine rouge, orné d'un croissant de lune argenté, le buste en avant, les muscles pectoraux tendus sous la vareuse, le corps prêt à bondir, les yeux bleus acier fixant l'horizon derrière l'objectif. Derrière le cliché carte postale, une écriture fine et nerveuse se détache ; il a écrit, à la manière d'un ex-voto A ma mère chérie, pour qu'elle ne m'oublie pas.
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Marie-Sophie : Spontané

Posté le 22.01.2007 par alineas

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Kamikaze

Je suis seul à le savoir, mais dans ce bus, il ne nous reste que quelques minutes à vivre. Je me concentre. Je veux mourir avec des pensées empreintes de vertu et de beauté. Le bus s'arrête. C'est l'ultime occasion de fuir la mort. Peu d'entre vous en profitent!
Juste avant de sortir du bus, une femme laisse tomber un petit carnet qui vient atterrir entre mes pieds. Je m’en saisis et la cherche des yeux, mais elle est déjà dans la rue. Je n’aperçois d’elle qu’un vol de cheveux bruns, une silhouette drapée d’un manteau long. Je me rassieds, ne sachant que faire de ce carnet. Les regards curieux de mes voisins m’empêchent d’y jeter un oeil, j’en ai pourtant très envie. Je me sens maintenant surveillé. Je place le carnet dans ma poche et referme soigneusement les pans de ma veste, dont je relève le col. À l’aide de mes doigts, je tente vainement d’identifier le contenu du carnet. Je sais qu'il ne me reste que quelques courtes minutes, mais à l’heure où tout devrait être clair, mes mains sont moites et mon esprit hésite.

À l'arrêt suivant, je sors du bus. J'ai échoué. Je serre fort les pans de ma veste, comme si elle pouvait cacher aussi mon désarroi. Sur le trottoir, je sors mon portable :
- Un problème technique, on reporte à demain. Je te rappelle.

Contrairement à mes habitudes, je rentre dans le premier bar qui se présente, je commande un café et je m’installe tout au fond de la salle. La hauteur des dossiers m’assure une alcôve d’intimité. Je sors le carnet. Je résiste quelques instants encore à sa lecture pour étudier sa couverture. C’est un carnet très féminin, avec un bouquet de roses imprimé sur un carton doux au toucher. Enfin, je l’ouvre.

Les pages sont noircies d’une écriture ronde et grande qui souffre manifestement de l’étroitesse du support, et se soucie peu des lignes. Son déchiffrage me donne du mal. Le serveur apporte le café et je me surprends à refermer le carnet et à le fourrer dans ma poche. J’attends qu’il s’éloigne. Puis j’entame enfin la lecture de ce qui a déjà changé le cours de mon existence.

Le carnet comporte des dates, mais des dates de nuits, parsemées de façon aléatoire au fil des mois. La première est la nuit du 7 au 8 octobre. De toute évidence, il s'agit d'une sorte de journal intime où cette femme a consigné ses rêves les plus marquants. Je me familiarise peu à peu avec son écriture, et je me plonge avec avidité dans la lecture de son carnet de rêves, qui me coupe du monde pendant plus d’une heure. Certains récits parviennent réellement à me terrifier, d’autres au contraire me plongent dans une sorte d’extase poétique. La sensualité et l’érotisme qui émanent de ce carnet ne me laissent pas indifférent. Je caresse l’idée de retrouver cette femme, moi qui sais tout de ses peurs, de ses envies et de ses désirs les plus secrets. Je tiens son âme, nue, couchée sur le papier, et je me laisse aller à imaginer son corps entre mes mains. J'ignorais être capable de ressentir de telles émotions. Dans ma tête, c'est la chute du mur de Berlin.

Le lendemain matin, je reprends le même bus. Je n’ai aucun mal à la repérer : elle écrit quelque chose sur un carnet. Elle porte le même manteau qu’hier et je reconnais ses cheveux. Je me poste juste devant elle et je sors ostensiblement le carnet de rêve en la fixant du regard pour ne rien rater de son émoi. Immédiatement, son visage s’anime et elle lève vers moi un regard plein de gratitude. Elle se lève et me remercie. Alors seulement ses joues s’empourprent et ses yeux fuient. Mais son regard revient s’accrocher au mien et me brûle le corps de son éclat. Tel le Phœnix, je suis en train de renaître de mes cendres.

- Sortons, je vous en prie.
Elle me suit.

C’est au moment où nous passons la porte que je le vois qui entre. L’autre. Je le reconnais immédiatement, il me ressemble tellement. Ils ont dû sentir que je flanchais hier. Et ils l’ont envoyé pour faire le boulot à ma place. Je devine à son regard métallique que c’est pour tout de suite. Il n’y a rien à faire.

Le bus explose au bout de la rue, ce qui précipita ma dulcinée dans mes bras. Plus vite que dans mes rêves les plus fous.
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