Philippe : Nouvelle pour Le Pecq
Posté le 07.06.2007 par alineas
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Âmes célèbres
"Alors, tu vas vraiment faire ça ? Evoquer tes souvenirs d'enfance.
- Comment s'il vous plaît ?
- Oui, j'ai ressenti que tu allais plaider l'enfance malheureuse, une mère légère peut-être, un père autoritaire. Que sais-je ?
- Je prie vous, me laisser tranquille.
- Ah ?
- Je ne veux pas aux étrangers parler. Clair ?
- Etranger, étranger. Mais c'est du passé mon ami. Nous sommes tous égaux maintenant. Regarde-nous, regarde comment nous sommes ! Des âmes..., invisibles, pfft, pfft !
- Laissez-moi en paix !
- Mais il n'y a plus ni Français, ni Prussiens, ni Anglais ! Ah, ceux-là ! Rien que le nom... Heureusement que je n'en reconnais aucun ici !
- Ja, pareil pour moi. Aussi, j'ai les Anglais pas aimés. Ils ont ma peau eue. Pourtant...
- Pourtant quoi ? Tu regrettes ?
- Je regrette rien, du tout, rien. Je regrette seulement que vous me dites Tu. Je n'aime le tutoiement pas. Clair ? J'ai élevé moi à un rang, un rang ! Tout à fait vraiment kolossal. S'il vous plaît, dites Vous à moi. Merci bien.
- Oui, oui, bon ! Fais voir... oh pardon ! Monseigneur, daignez découvrir vos chevilles ! Elles enflent, comme ils disent sur terre aujourd'hui ?
- Chevilles, chevilles ? C'est pour les meubles ça ! Mais jamais j'ai menuisier été. Jamais menuisier. Seulement peintre un peu, oui, artiste peintre.
- Oh, la peinture ! Delacroix, Géricault !
- J'aime vos impressionnistes davantage. Petites touches, passages subtils, force dans douceur, so...
- Je ne les ai pas connus. Ils ont dû venir après. C'est vrai qu'un siècle nous sépare, Vous et moi.
- Ja, du 20e siècle je dois être le plus haï personnage, en Europe et en Russie.
- Et bien moi, je suis mort dans une île en 1821. J'aurais dû passer bien avant vous devant Saint Pierre.
- Il paraît que les âmes célèbres, ensemble sont jugés.
- Oui, et bien tout ça c'est bien joli, mais notre jugement dernier n'avance pas. Il y a tellement de monde !
- Beaucoup de gens, oui, beaucoup de gens qui ne pas brûler veulent. Je les comprends. Pour de nombreux gens, la chair roussie sent mauvais. Pour moi, au contraire...
- Euh, voyons, oui, oui, pour moi aussi, Noël, la dinde, la poule au pot comme disait un de mes pré ...
- Jouisseur ! Profiteur !
- Vous n'avez pas profité un peu de la vie ?
- Non justement. Ma vie a difficile été. Pas de parents, la grande guerre, et ma grand'mère, à Vienne, une mauvaise femme, impure, je la soupçonnais. La faim, pas d'espoir. La crise, les politiks, pleins les poches, banquiers, affairistes !
- Nous y voilà. Les voilà ces fameux souvenirs d'enfance !
- Ja ja, souvenirs, souvenirs d'adulte aussi, un anéanti pays, des crever de faim gens, mauvais moral. On devait quelque chose faire. Je l'ai fait. J'ai pris le pouvoir, avec nombreuses péripéties, Munich, le Reichstag. Des hommes sont morts. Il fallait que ça soit. Ja, sacrifices de braves. Sacrifices de Mensch aussi. Nécessaire. Gel ! Ach, je m'emporte. Eva wurde me gronder.
- Et bien, puis-je vous dire ce que, moi, je vais plaider ? Hé, hé?
- ...
- Je compte plaider...
- Je ne suis pas intéressé. Cela est pour moi complètement égal.
- Un peu de coeur, Monsieur. Nous sommes sur le même petit nuage si je peux dire. Aujourd'hui même, nous serons fixés sur le sort de notre âme, pour l'éternité.
- So, gut, gut, dites-moi, mon ami.
- Tout d'abord, savez-vous que nous nous ressemblons vous et moi ? Des parents modestes, un même parcours, militaire et politique, long et besogneux, de mêmes batailles dans les sables d'Afrique, dans la neige de Moscou. Puis, vous comme moi avons été, disons, trahis par des incapables. Bref...
- So, was werden Sie plaider ?
- Ah oui. La folie, je vais plaider la folie. Voyez, je suis un méditerranéen, moi. A mon époque, pour s'en sortir, il fallait s'exiler sur le continent. Chez des gens durs, peu accueillants. Pas de cigale, pas d'olive, mais des pavés, des plaines de blé. Je crois sincèrement, sincèreument-hé, que je suis devenu fou, fou de pouvoir, ivre de puissance. Et, en plus, cette Joséphine qui ne me donnait pas d'enfant...
- Achtung, voilà le nuage qui s'ouvre ! C'est mon tour ! C'est à moi ! J'ai élevé moi à un rang, un rang ! Tout à fait vraiment kolossal. Clair ? Je veux chez Saint Pierre entrer... Ach, Saint Pierre, merci me recevoir. Sortez vous, tous les autres, Raus ! Oui toi aussi le Mensch avec les lauriers sur la tête ! Sors de là, ton procès est fini ! Laisse-moi seul avec Sankt Peter ! Mais, mais, que..., Mensch, ta toge, je suis pris dans ta sale toge, dégagez, lâche-moi ! Mais... Au secours Napoléon, mon ami, Napoléon, aidez-moi, retenez moi, ce Mensch m'entraîne vers l'enfer...
- Je ne peux pas, Adolphe, oui, moi..., moi aussi. Ah, je suis entraîné avec vous. Mais, cette âme en toge, on dirait..., mais, oui, un Romain !
- Un Romain ? Un Italien ! Serait-ce le Duce ? Mussolini, dégagez votre habit ! Via ! Via ! Gott ! Lass mir ! Signor Benito, vous me reconnaissez ? Bitte, Hilfe, e pericoloso ! Seccuro !
- Paix ! Je ne suis pas votre Mussolili. Je me nomme Cesar Imperator. Ecoutez-moi ! Saint Pierre me condamne à l'enfer éternel. Toi, Napoléon, tu es la réincarnation de ma personne ! Toi, Adolphe, tu es la réincarnation de Napoléon ! Pas de jugement pour vous. Nous allons tous...
- Aber, qui est la réincarnation de moi ?
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