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Nom du blog :
alineas
Description du blog :
atelier samedi après-midi, 05 06 07
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
22.01.2007
Dernière mise à jour :
07.06.2007
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Sophie,Michelle,Herminia,Jean-Pascal,Catherine

Sophie,Michelle,Herminia,Jean-Pascal,Catherine

Posté le 07.05.2007 par alineas
.

Camp palestinien de Moukaref

-S’il te plaît mon fils, ne pars pas ! Je t’en prie, tu es le dernier homme de la famille, ne pars pas !
Ton père est mort de maladie l’hiver dernier. Tes frères sont morts au combat. Tes sœurs sont veuves et sont déjà parties avec leurs enfants. Elles m’attendent à l’entrée du camp dans les abris… Je suis là, je te supplie… Reste avec nous pour nous protéger et nous aider….
Tu vois, je reste là. Je ne fuis pas malgré les bombes, je t’attends. Je ne bougerai pas tant que tu ne m’accompagneras pas !
Qu’as-tu à faire d’aller te battre ? L’honneur de la famille ? Mais tes frères et tes beaux-frères ont déjà donné leur sang ! La famille a déjà payé… Tu dois protection à tes neveux et à tes nièces maintenant ! Pour qu’ils puissent grandir… En paix, serait trop beau bien sûr, mais un jour peut-être… Allons, pose cette mitraillette mon fils et reste avec nous…
Ton père a travaillé dur pour que tu ailles à l’école. Tu es le plus jeune de la famille et ton père qui t’aimait tant, voulait que tu deviennes instituteur. Ton père, qui ne savait ni lire ni écrire, juste louer ses bras au travail, était si fier de toi ! Quand il est mort cet hiver, ses derniers mots ont été pour toi. Cher fils !
Si tu restes avec nous, tu pourras faire ton métier d’instituteur, apprendre à lire et à écrire à tes neveux et nièces mais aussi aux autres enfants du camp. Si tu pars, qui veillera sur eux, qui leur apprendra l’histoire de notre peuple, qui leur permettra de lire, d’écrire et d’arriver ainsi à mieux gagner leur vie qu’en s’usant à louer leurs bras ?
Ton père a voulu que tu sois instituteur car il espérait qu’un jour notre peuple se réinstallerait en Palestine et vivrait en paix ; alors, il faudrait ouvrir des écoles et tu aurais du travail…
Ce jour n’est pas arrivé hélas ! mais, dans quelques jours peut-être, les bombes ne tomberont plus sur le camp et nous reviendrons ici. Et si tu es avec nous, alors les enfants pourront rêver à autre chose après avoir écouté les histoires que tu leur liras. Tu sais combien ils crient les nuits qui suivent les bombardements…
Je ne sais pas lire, je ne sais pas écrire. Tes sœurs et tes belles-sœurs, non plus. Qui aidera ces enfants à apprendre ? Qui réalisera le rêve de ton père de faire un jour des écoles pour les enfants de Palestine ? Tu peux faire cela. Tu peux y participer. Sois fidèle à ton père, mon fils, je te prie….
N’aie pas peur de passer pour un lâche ! Il faut du courage pour prendre cette décision. Les hommes blessés ont besoin de médecins qui restent hors des combats pour les soigner. Les enfants de ce camp ont besoin de toi pour les aider à grandir !
Ton père pensait que si nous savions lire et écrire comme nos ennemis alors nous pourrions mieux nous battre et défendre notre peuple. Honore-le en réalisant son souhait !
Encore une fois, je t’en supplie mon fils, ne pars pas au combat ! Pose cette arme et viens avec moi auprès de ta famille !

- C’est à peu près ce que j’ai entendu le 10 juillet dans ce camp de réfugiés, dit le photographe à son chef d’édition penché sur la table lumineuse et qui examinait tous les clichés ramenés pour en choisir un. Je l’ai entendue supplier ainsi au milieu des explosions qui nous entouraient. Et puis soudain, plus rien. Plus rien du tout. Je suis devenu sourd. Une bombe a explosé près de nous, près d’eux. Le fils est tombé dans les bras de sa mère. Morts tous les deux. Son arme reposait par terre.


Jerusalem

Le 13 juillet, un matin comme les autres, Madame Benayem rentre chez elle, le quotidien acheté au coin de la rue est posé sur le panier des courses. Cette mère de famille d'une cinquantaine d'années pourtant habituée à tous les évènements dramatiques vécus ces dernières années, ouvre le journal avec appréhension... Un gros titre annonce une fois de plus des affrontements dans un camp palestinien au Liban. On ne s'habitue pas au malheur, Madame Benayem ne peut pas vivre normalement, elle est dépressive, ne s'occupe plus d'elle, son aspect extérieur, elle s'en moque, la coquetterie elle ne sait plus ce que c'est; les nuits sans sommeil, l'inquiétude ont creusé ses traits, elle paraît plus âgée. Elle pense sans arrêt à son fils qui s'est engagé dans l'armée et qui défend un check-point à la frontière israélo-libanaise.
Et voilà une fois de plus cette photo chargée de violence destructrice, de maisons en flammes, de gens qui fuient. Cette femme au premier plan qui semble implorer le soldat ce pourrait être elle, Madame Benayem. Elle s'imagine un jour dans une situation semblable, obligée de quitter son quartier pour le moment épargné...Ferait-elle preuve de courage? Saurait-elle affronter l'ennemi avec courage, lui dire tout ce qu'elle pense de ces querelles sans fin entre palestiniens,israéliens et libanais? Les pensées sombres bourdonnent dans sa tête, elle est incapable de penser à ses devoirs de maîtresse de maison, au repas qu'elle doit préparer pour un mari encore au travail et une jeune fille en dernière année de lycée. Son esprit à nouveau s'évade vers son fils David; ce soldat à droite sur la photo, cagoulé, une kalachnikov à la main, ce pourrait être lui, elle a du mal à l'imaginer se comportant brutalement. La guerre a ceci d'atroce qu'elle transforme les êtres les plus doux en guerriers sans états d'âme. Comme elle aimerait que tout ceci prenne fin ! Elle qui n'a jamais demandé rien d'impossible à la vie, juste des bonheurs simples, pouvoir marcher sans crainte dans la rue, faire une promenade à la campagne sans se heurter à des interdictions, sans craindre de poser le pied sur une mine...Que font donc tous ces hommes politiques qui semblent se complaire dans des conflits sans fin?
Madame Benayem est une femme pleine de bon sens,elle n'a aucune idée sur la façon dont pourrait se terminer ce conflit, que peut-elle faire, elle si modeste, ne peut-elle que se lamenter?
Au milieu de la cuisine, près du panier non encore déballé, elle essaie de se donner de l'espoir...Dehors le ciel est d'un bleu transparent, les oiseaux pépient sur la petite place, aucune impression de guerre dans son quartier resté calme.
Et puis, David a une permission à la fin de la semaine, toute la famille sera à nouveau réunie, elle s'en veut d'avoir été aussi défaitiste. La paix, oui la paix sera pour demain.


Beyrouth

Une infirmière m'a donné un journal, daté du 13 juillet, dans lequel j'ai trouvé cette photo, vieille de 3 jours.
Devant un soldat, je reconnais la femme sans âge, malgré ses 40 ans, Nadia.
L'expression de son visage légèrement penché à gauche, les avant-bras devant elle, les mains ouvertes tournées vers le ciel, aucun doute, elle implore de l'aide.
Elle qui avait été si forte malgré la perte de son mari et de ses cinq enfants.
Comme beaucoup de veuves, femmes victimes oubliées des guerres, elle avait quitté son village de Palestine pour arriver dans ce camp de réfugiés au Liban.
C'est là que nous nous sommes rencontrées un mois auparavant.
Là aussi où nous étions devenues, petit à petit, comme deux amies de toujours, des sœurs de cœur.
Nous formions une bonne équipe, elle la paysanne et moi la citadine, partageant nos connaissances pour survivre ensemble dans ce camp.
Sur un carnet que j'avais emporté dans ma fuite, j'écrivais les histoires qu'elle racontait aux enfants du camp et à ceux qui rejoignaient son cercle.
Elle était là, au milieu, telle une conteuse venue d'un autre temps, pour nous faire rire, et oublier la triste réalité pour un court moment, mais assez pour y puiser des forces pour continuer à vivre.
Ce jour-là, une vague de panique dans le camp, qu'avaient soulevé les éclats d'obus, de lumière, d'éboulements, de cris..., nous avait séparées.
Le lendemain, je l'ai retrouvée, et pour la première fois, j'ai vu son visage reposé, elle était déjà partie rejoindre les siens.
Mon adieu à Nadia sera aussi, celui à ce camp, ce pays, demain, avec l'aide d'un ami de ma famille, je pars vers l'Europe, emportant avec moi un carnet...


Paris, le 17 juillet, Studio de France-Info

« Barre-toi la mère, barre toi ! Y’a plus rien pour toi ici, va réclamer ta terre aux juifs ! T’as vu le feu là derrière, c’est les juifs! Je suis pas là pour te protéger, je suis pas là pour retrouver tes mômes ou t’apporter de la flotte ou du chocolat ! Barre toi la mère ! Je sais pas ce que c’est que les civils. Y’a les croyants et les juifs ! Moi, je suis un croyant ! Les juifs, ils t’ont tout pris, la mère ! Un jour, ils redonneront ! Un jour, ils cracheront, tu verras ! Moi, je suis là pour que le gars là derrière moi prenne la photo de tes larmes et des maisons qui brûlent ! Pour que le monde haïsse les juifs autant que moi, partout ! Allah est grand ! Tu vois l’artiste là, avec ses trois gosses ? Je suis là pour qu’ils aillent se faire péter dans dix ans au milieu d’un marché à Jérusalem en gueulant de toutes leurs tripes le vrai nom de Dieu !
J’ai pas d’enfant, pas de femme, juste Dieu. Je veux plus t’écouter, la mère ! Je sais pas de quoi tu parles ! La pitié, la paix ! Y’a les chars juifs à ta porte et tu me parles de çà ! Barre toi, la mère ! A la nuit, ils vont ratisser le camp et, tu vois, avec ce flingue, j’en prendrai encore et encore et je les apporterai à Allah ! J’ai une place là-haut, l’imam me l’a dit ! Toi, tes mômes y sont probablement déjà. Espoir, la mère, espoir ! Quand les juifs viendront, prends des pierres et jette les sur eux de toutes les forces de la haine juste ! Toi aussi, tu as une place là- haut avec tes enfants !
Je veux plus t’écouter, la mère ! Y aura jamais de paix et de pitié. Allah est grand ! Barre toi la mère ! »

Vous venez d’entendre un extrait de la bande magnétique que notre envoyé spécial nous a fait parvenir de Moukaref. Ce camp de réfugiés palestiniens, je vous le rappelle, a été investi par l’armée israélienne le dix juillet dernier. Alors, je me tourne vers vous, Jean Pascal : vous êtes consultant auprès de l’Institut Français des Relations Internationales, expert des questions relatives au Moyen-Orient, pensez-vous que la paix dans cette région du monde ait une chance d’aboutir un jour ?

Un problème technique avec l’intervention de Jean Pascal…….


La guerre de Troie

En attendant, je vous signale les représentations qui ont lieu ce mois-ci au Théâtre de la Cité Universitaire. Le spectacle de « La guerre de Troie », nous rappelle que les conflits dans cette région ne datent pas d’hier. En voici un extrait :

« Le palais flambe derrière moi, nuage de flammes rouges et de fumée noire. Les grecs sont entrés dans la ville, ils sont sortis tout armés et casqués du maudit cheval telle Athéan du crâne de Zeus. Metis, la ruse conseillant Ulysse les a accompagnés. Les Troyens ont cru au départ des Grecs dans les vaisseaux de lumière emportés par les flots et le vieillard de l'Océan.
Cassandre, divine fille, tu nous l'avais bien dit de nous méfier du cheval de bois abandonné dans le sable blond. Que ne t'avons-nous écoutée ? Où es-tu à présent ? Dans le temple d'Apollon, environné de guerriers dans la fureur d'Arès comme que je regarde dans les yeux, voilée de mon chagrin tissé par les femmes de Sidon que mon Paris, beau comme un immortel a fait venir sur la mer infinie avec Hélène, libre comme les hommes.
Briséis et Polixème sacrifiées sur le tombeau d'Hector, mon fils bien-aimé, ne sont pas montées dans l'Olympe comme Iphigénie, la fille du Roi des rois mais emportées au royaume d'Hadès où elles pleurent leur vie passée, ombres dans les ombres.
Je vois dans les yeux du soldat qui me regarde mon sort scellé, pareil au leur. Je le supplie. Il a des ordres, celui de me traîner avec les Anciennes et les autres dans le butin d'Agamemnon, butin juste a dit Athéna. Maudite déesse, que m'importe les feux de ton courroux, à présent ! Existe-t-il sur cette terre un guerre juste ? Parlez-en aux mères, aux épouses et aux enfants. Andromaque, Astyanax, où êtes-vous ? Je vous ai vu monter sur les remparts. Derrière vous, volait de la poussière. J'ai vu les autres mères rassembler leurs petits autour d'elles, les guerriers achéens frapper, couper en deux femmes et enfants, emporter les jeunes filles. Maudite déesse, voilà la guerre juste, de sang, de ruines et de larmes.
Esclave, je suis esclave, moi, la reine. Je supplie le soldat de m'aider à rejoindre mon Hector, le valeureux au casque d'airain à la crinière de cheval. Près de moi, le gardien du Palais attend encore, peut-être mes ordres, tête basse, par habitude.
Au loin, la colonne des captives s'éloigne vers le temple. Le soldat a imperceptiblement tourné son regard. Dans un instant, le gardien du Palais sera couché dans son sang. Je serai entraînée dans les pas des captives, enfermée dans le temple où nous attendrons d'être embarquées dans les navires achéens, partagées entre les rois grecs. Nous allons y réfléchir mes soeurs, maintenant que tout est fini. »

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