Sophie : Lettres
Posté le 05.02.2007 par alineas
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Mon cher créateur,
Pardonnez-moi cette familiarité mais je sais depuis de longues années ce que je vous dois. Je l’ai compris grâce à l’affection que je perçois dans les yeux de ceux qui me découvrent année après année. Il est donc normal que je vous transfère un peu de celle-ci. Hélas, chez vous, l’affection entraîne l’affliction et c’est là l’objet de ma requête.
C’est vrai ! Dans toutes vos histoires, l’amour et l’optimisme finissent toujours par l’emporter. Combien de « Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » n’avez-vous pas conclu ? Et quand il ne s’agissait pas d’amour mais d’optimisme, et bien les bons l’emportaient toujours sur les méchants. Évidemment avec ce genre de fin, tout le monde est rassuré et la terre tourne rond.
Alors, pourquoi tant de tristesse dans mon histoire ? Pourquoi avoir choisi de faire pleurer des générations entières ? Cela ne vous ressemble pas.
J’en conclus parfois que vous avez dû traverser une période personnelle difficile, que vous avez eu besoin de vous dépouiller de certaines douleurs et que, au lieu de consulter, vous avez préféré vous acharner sur moi et pas seulement sur moi puisque sortie après sortie, cela marche toujours.
Alors, je vous le demande, cher créateur qui veillez sur vos histoires depuis quelque part là-haut, ne pourriez-vous inspirer un remake, un spin-off, une suite, un retour, quelque soit le nom que l’on pourrait lui donner, aux animateurs qui vous ont succédé ? Et, tel Monsieur « Plus », leur suggérer de rallonger la vie d’un personnage qui me touche de très près ?
J’ai bien compris que pour grandir et devenir adulte, il faut s’éloigner de ses parents. Mais avec vous, mon salaud de père est retourné dans la forêt et ma mère a été assassinée. Cela fait beaucoup, vous ne trouvez pas ?
Alors, s’il vous plaît, imposez-leur une nouvelle version où elle me verra grandir et devenir père à mon tour. Je promets de veiller sur mes enfants.
Bien à vous, mon cher Walt,
Bambi
Cher enfant,
Permet-moi de t’appeler ainsi car c’est ainsi que je t’ai conçu.Ta perspicacité m’honore et la douleur que tu manifestes me touche profondément.
Ainsi que tu l’as deviné, il s’agissait à ta conception de raconter une période difficile de ma jeunesse, période douloureuse et solitaire que je n’ai pu partager.
Tu suggères que j’aurais pu aller consulter. J’avoue y avoir pensé mais cela n’était pas très bien vu à l’époque et je n’ai pas osé. Sans doute aussi, ai-je pensé que l’on ne crée qu’à partir de ce que l’on a vécu et n’ai-je craint, en m ‘en soulageant chez quelque thérapeute d’y laisser une part de mon trésor personnel.
Alors je t’ai créé et j’ai raconté mon histoire aussi triste soit-elle.
Ce que tu me demandes me paraît impossible à réaliser car sans cela l’histoire deviendrait quelconque et plus personne ne pleurerait. Tu t’en plains ? Tu as bien tort. Relis les Grecs, cher enfant, pour comprendre la catharsis et ses effets bénéfiques.
Et puis, après avoir tant pleuré, tous ne sont-ils pas soulagés – hormis quelques-uns – en revenant à la réalité de la présence maternelle. Alors, non, chère créature, je n’influerai pas sur l’imagination de mes successeurs pour les obliger à prolonger la vie de ta mère dans un remake iconoclaste.
Sois sûr de ma tendresse pourtant, mon cher Bambi,
Ton Walt
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